Que ce soit en milieu urbain, aux abords d'une ville ou dans un environnement naturel, développer un projet d'architecture implique toujours une transformation réfléchie de la réalité plurielle d'un site en un ensemble de composants bâtis et non bâtis. Il ne s'agit aucunement de placer des objets isolés dans l'espace, de remplir des vides, mais de donner un sens distinctif à des lieux qui portent déjà en eux les prémices de leur distinction.
Un projet d'architecture commence donc naturellement par une lecture sensible du territoire dans une tentative de percevoir sa complexité dans toute sa globalité. Ensuite vient le premier dessin pour exprimer l'idée fondatrice du projet et annoncer l'ensemble des liens que l'architecture peut tisser avec le contexte, pas seulement le contexte physique, notamment le paysage, la géologie, la topographie et le climat, mais aussi humain et historique.
La question de l'historicité est fondamentalement liée à celle de l'architecture. Celui qui agit dans l'espace sait d'ores et déjà qu'il agit aussi dans le temps. Faire de l'architecture c'est donc laisser une empreinte qui continuera de s'exprimer à travers les âges, mais plus encore, c'est opérer un dialogue ininterrompu entre le déjà-vu et le déjà-là, laissant entrevoir ce presque-là qu'est l'œuvre architecturale.
Cette conscience du poids qu'exerce le temps sur l'espace renvoie aussi à celle de l'importance de tout ce qui est de nature durable, constant et intemporel. L'allusion est faite ici aux vertus des matériaux naturels qui perdurent tels que la terre, la pierre ou le béton ; à la profondeur et l'inertie du mur porteur qui se tient solidement sur le sol ; à la lumière et son ombre portée qui nous donne à voir les formes et leurs reliefs ; au vide qui nous rappelle sans cesse la présence du plein ; et enfin le rythme, la proportion et l'ordre autant d'éléments présents dans la nature qui nous évoquent vaguement l'idée de l'éternité.